Compositeur respecté, chef d'orchestre admiré, pédagogue passionné et animateur convaincant, Serge Garant a été une figure dominante de la musique canadienne contemporaine. Né à Québec le 22 septembre 1929 de parents musiciens, il s'initie à la musique dès 11 ans à Sherbrooke où sa famille venait de s'installer. Il fait alors de la clarinette et du saxophone tout en prenant des leçons de piano avec Sylvio Lacharité et d'harmonie avec Paul-Marcel Robidoux. Très vite, son talent s'affirmant, il joue dans des orchestres de danse, avec des corps de musique ainsi qu'avec l'Orchestre symphonique de Sherbrooke où il est clarinettiste. Ses premières oeuvres datent de 1946 et en 1948, il commence des cours de composition avec Claude Champagne, tout en poursuivant ses études de piano avec Yvonne Hubert. C'est à ce moment que Garant découvre les oeuvres de Schönberg et de Webern. Cette rencontre devait être déterminante.Quand il se rend à Paris en 1951, il étudie l'analyse avec Olivier Messiaen et suit les cours de contrepoint d'Andrée Vaurabourg-Honegger. Mais ce séjour parisien est surtout marqué par la rencontre de Stockhausen et de Boulez. À son retour en 1952, il travaille encore le contrepoint avec Jocelyne Binet. En 1953, il compose Pièce pour piano no1, puis en 1954 Variations pour piano, ainsi que des oeuvres vocales. Garant s'associe alors à ses collègues Gilles Tremblay, François Morel et Otto Joachim et organise au Conservatoire de Montréal deux concerts de musique nouvelle, le premier en 1954 présentant pour la première fois des oeuvres de Messiaen et de Boulez, le second marquant en 1955 le 10e anniversaire de la mort de Webern. C'est pour cet hommage à Webern que Garant écrit Nucléogame, probablement la première oeuvre canadienne à utiliser une bande magnétique associée aux instruments traditionnels. Ces premiers concerts aboutiront à la création du groupe «Musique de notre temps» en 1957, auquel se joint la pianiste Jeanne Landry. L'expérience de «Musique de notre temps» durera deux ans, le temps de présenter trois concerts d'oeuvres récentes des plus importants compositeurs des années 1950. Pour gagner sa vie, Serge Garant se tourne vers la musique populaire comme arrangeur et chef d'orchestre, tout en communiquant son enthousiasme pour la musique nouvelle dans divers journaux ainsi que sur les ondes. Son nom commence alors à s'imposer à Montréal et sa production devient de plus en plus audacieuse et innovatrice. Il écrit en 1958 Pièce pour quatuor à cordes dans laquelle il utilise la technique aléatoire. Une commande lui vient de Dartmouth College en 1959 pour Asymétries no 2. En 1961, Mauricio Kagel dirige son Anerca en présence de John Cage et de Morton Feldman, lors de la Semaine internationale de musique actuelle de Montréal. Après des commandes des orchestres de Québec et de Sherbrooke, Garant est joué au Domaine musical de Paris. Le pianiste Claude Helffer y joue en solo Asymétries no 1 en 1965. L'année 1966 marque ensuite une étape dans la carrière du compositeur. La Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) voit le jour et Garant en assume la direction musicale puis la direction artistique, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort en 1986. C'est ainsi que son influence sur la musique au Québec va s'affirmer tant auprès du public que des compositeurs. À la télévision de Radio-Canada, il dirige la présentation de Toi/Loving de R. Murray Schafer en 1966. À partir de ce moment, il poursuit une multiple carrière de pédagogue, de chef d'orchestre, d'animateur et de compositeur. En 1967, il est nommé professeur de composition et d'analyse à la faculté de musique de l'Université de Montréal. Il suit les cours d'été de direction avec Boulez à Bâle en 1969, et fait un séjour à Bali en 1972. Il passe l'année 1973-74 en Italie comme boursier de l'Institut culturel canadien de Rome. Il dirige l'Ensemble de la SMCQ dans ses concerts montréalais ainsi qu'en tournée canadienne de même qu'à Royan (1972), à Bruxelles et à Paris (1973), à Washington (1975), à Boston (1976) lors des Journées mondiales de la Société internationale pour la musique contemporaine, de nouveau à Paris puis à Londres (1977) ainsi qu'à Bonn, Cologne et Metz. En 1977, il est invité par l'Orchestre symphonique de Montréal à diriger la création de Fleuves de Gilles Tremblay. Parallèlement à ce travail de direction, il anime de 1971 à 1986, l'émission «Musique de notre siècle» au réseau FM de la Société Radio-Canada. À partir de 1967, la pensée musicale de Garant se traduit par l'originalité formelle de chaque oeuvre : par exemple, l'aléatoire dans des oeuvres engagées comme Phrases I (1967) sur un texte politique de Pierre Bourgault et Phrases II (1968) sur un texte de Che Guevara. Suit un magistral cycle d'oeuvres déduites du thème de l'Offrande Musicale de Jean-Sébastien Bach que Garant vénère : Offrande I (1969), Offrande II (1970), Offrande III (1971) et Circuit I (1972), Circuit II (1972), Circuit III (1973). De son séjour en Italie, il ramène cette oeuvre magnifiquement lyrique sur l'art d'aimer, ...chant d'amours (1975). Il s'inspire ensuite d'un texte d'Alain Grandbois pour Rivages en 1976. Il écrit Quintette en 1978 et en 1981, Plages pour orchestre qui sera sa dernière oeuvre. Serge Garant a reçu de nombreux prix pour son apport à la création et à la promotion de la musique canadienne, dont la médaille du Conseil canadien de la musique (1971), le trophée Harold-Moon décerné par la Société des droits d'exécution (1978), le prix Calixa-Lavallée (1979) et le prix Jules-Léger pour son Quintette (1980). Il a été nommé officier de l'Ordre du Canada en 1979, interprète de l'année par le Conseil canadien de la musique en 1984 et a été élu à la Société royale du Canada en 1986. Le 1er novembre 1986, Serge Garant meurt nous laissant une oeuvre succinte et intense et la mémoire d'un homme qui pendant 25 ans, aura établi la musique canadienne au niveau international et personnifié les forces vives de la création musicale. |